Traduction de Sweet Home et David : l’interview de Joo-Hyuk Yoo

Par le 17 août 2020
Sweet Home webtoon

Plus besoin de présenter Sweet Home, la série à succès des auteurs Kim Carnby et Hwang Youngchan (Bâtard), dont la traduction française est disponible depuis quelques temps sur l’application Webtoons de Naver. Mais saviez-vous que son traducteur est aussi celui qui traduit David ? Ainsi que d’une autre série à venir : Héros Fragile ? Aujourd’hui, on fait connaissance avec Joo-Hyuk Yoo, spécialiste des traductions de webtoons coréens !

Joo-Hyuk, tu es chargé de traduire Sweet Home et David du coréen vers le français. Peux-tu nous décrire un peu ces webtoons ?

Alors, Sweet Home, c’est un mélange de thriller, d’horreur et d’action… Un webtoon apocalyptique, en mode zombie, un peu comme dans les séries américaines… C’est une série plutôt longue, mais qui s’est récemment terminée en Corée.

David, ça n’a aucun rapport. C’est philosophique, c’est… un webtoon qui pose question sur l’existence : qu’est-ce que l’humain ? Contrairement à Sweet Home, c’est une série très courte, également terminée en Corée.

En dehors de ces deux séries, traduis-tu d’autres webtoons ?

Alors, comme je le disais, j’ai terminé de traduire David mais j’ai d’autres séries en plus de Sweet Home oui : Héros Fragile (Weak Hero dans la version anglaise), et Mort Imminente.

Y en-a-t-il que tu préfères lire ? Et traduire ?

Pas vraiment, je les apprécie tous. Je n’ai jamais eu à traduire un webtoon que je n’ai pas aimé, ce qui facilite mon travail d’ailleurs. Il est plus facile de rentrer dans une histoire quand on l’apprécie. Pour Sweet Home, les auteurs sont déjà assez connus en Corée et écrivent vraiment bien, mais même David, dont l’auteur n’est pas vraiment connu (c’est son premier webtoon), est vraiment bien écrit. Du coup je n’ai pas de préférence.

Pour la traduction par contre, David est beaucoup plus difficile que les autres séries dont je m’occupe. Le thème est philosophique donc il y a parfois des expressions et des mots difficiles. Alors que Sweet Home ou Héros Fragile par exemple, c’est plus de l’action et les dialogues sont moins compliqués.

Quelles sont les difficultés que tu as pu rencontrer lors de tes traductions ?

Les onomatopées. J’avais vraiment du mal au début. En lisant on ne s’en rend pas forcément compte mais à traduire c’est assez compliqué. D’autant plus que les onomatopées coréennes et françaises sont très différentes.

Les expressions (la façon de parler des personnages) posent parfois problème aussi. Il est impossible de les traduire littéralement, donc il faut que je m’adapte. Pour les citations et les proverbes aussi, je dois faire en sorte que ça parle aux lecteurs français.

Une autre difficulté, c’est les insultes. Dans le langage familier, les insultes coréennes n’ont rien à voir avec les insultes françaises. En plus la « culture de l’insulte », si je puis dire (haha), est hyper différente en Corée. Dans certains des webtoons que je traduis, surtout Héros Fragile, il y a des insultes partout partout, qui sont impossibles à retranscrire bêtement en français ; ça ferait carrément lourd et bizarre. Donc il faut trouver d’autres moyens, d’autres équivalences.

Ah, et puis les images aussi sont pénibles. Genre les extraits de livres ou de sites Internet lus par les personnages. Souvent ce qu’il y a marqué est coupé et/ou peu lisible : il faut donc reconstituer les phrases pour pouvoir en proposer une traduction, et c’est parfois assez fastidieux.

Connaissais-tu les webtoons avant ? Qu’est-ce qui t’a poussé à te lancer dans leur traduction ?

Je lis des webtoons depuis un moment. J’ai commencé au collège, donc ça fait quelques années déjà ! Pour ce qui est de leur traduction, ça s’est fait par le biais d’un ami. Il faisait des études de design, et il a fait un stage au sein du studio MAKMA en tant que lettreur. À l’époque, le studio cherchait des traducteurs du coréen vers le français. Du coup j’ai proposé ma candidature, et voilà.

Traduire, c’est un sacré boulot. Combien de temps dois-tu consacrer à tes séries chaque semaine ?

Je traduis tous les jours. En moyenne, je fais deux chapitres par jour, et trois si j’ai le temps. En général il faut bien compter cinq heures pour la traduction, voire plus. Puis je relis, et j’envoie le tout. Parfois je choisis deux chapitres d’une même série, parfois non. Ça dépend des deadlines.

Comme il y a pleins de gens qui relisent mon travail (les lettreurs, les relecteurs…), la traduction finale est parfois un peu différente de la version que j’ai envoyée. Sauf en cas vraiment compliqué ou tordu, je ne revois pas la traduction une fois que je l’ai soumise : on ne me consulte pas sur les corrections. S’il fallait faire ça pour chaque erreur, ça prendrait trop de temps. Et à cause du système de publication des webtoons, le rythme est assez soutenu.

Tu traduis des webtoons qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. Est-ce qu’il est difficile de passer de l’un à l’autre ? Comment perçois-tu le changement de style d’écriture et d’histoire lorsque tu traduis ?

Ce n’est pas du tout gênant. En fait ça ne m’a jamais posé de problème, je ne crois même pas y avoir songé un jour. Je travaille dans un domaine artistique, j’aime bien être en immersion totale quand je lis une œuvre, et j’arrive à changer de thème brusquement, sans transition. Heureusement d’ailleurs, ça facilite mon travail ! Parce que pour faire une bonne traduction, il faut vraiment savoir rentrer dans l’histoire.

Si tu pouvais choisir n’importe quel webtoon, lequel aurais-tu aimé traduire en plus de Sweet Home et David ?

Girls of the Wild. C’est l’un de mes premiers webtoons. Non seulement j’ai adoré, mais en plus il y a toute la nostalgie autour qui fait que j’adorerais pouvoir le traduire. Si l’occasion se présente, je serais ravi (Girls of the Wild est pour l’instant inédit en VF). Il y a aussi un autre webtoon qui tourne autour de la cuisine (et moi j’aime bien cuisiner), de façon comique, et sur un format épisodique (il n’y pas de trame principale) que j’aimerais bien traduire (je ne me rappelle plus trop du titre).

À part Girls of the Wild, honnêtement, comme ça… je serais incapable de citer de noms précis (j’ai lu tellement de webtoons…) mais oui, il y en a d’autres qui m’ont bien plu et que j’aurais aimé pouvoir traduire.

Y a-t-il une raison particulière derrière ton choix de ne pas traduire le titres de Sweet Home par exemple ?

En règle générale, si le titre est en anglais dans la VO, je le laisse en anglais. C’est logique. Sinon, je le traduis. Dans le cas de Sweet Home, le titre a une signification particulière vis-à-vis de l’histoire (on l’apprend vers le dernier tiers), donc si je l’avais traduit, j’aurais perdu cette signification particulière.

Des anecdotes à nous faire partager sur ton travail de traducteur ?

Ce n’est pas un travail facile. Ça arrive qu’on laisse passer des trucs, ça arrive que nos supérieurs (ou les deadlines) nous mettent la pression, mais dans ces situations, il faut toujours bien prendre la situation en main, faire preuve de souplesse et de réactivité, et garder la tête froide. La communication est essentielle : il faut toujours être à l’écoute. C’est ainsi qu’on peut s’améliorer.

Merci Joo-Hyuk, d’avoir accepté de nous accorder cette interview !

Si cet article vous a plu, vous pouvez à présent découvrir l’interview de Sarah Kourouma, traductrice du webtoon SubZero !