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Traduire et interpréter le coréen : deux façons de faire voyager une langue

Par le 10 juin 2026

On imagine souvent qu’il suffit de connaître deux langues pour passer de l’une à l’autre. Entre traduire et interpréter, le coréen révèle pourtant deux visages complètement différents. Et selon qu’on travaille avec une voix vivante ou dans l’espace d’une bulle, le défi n’a vraiment rien à voir.

Donner une voix à quelqu’un, ou à un personnage

L’interprète prête littéralement sa voix à une personne réelle, avec une intonation et une énergie qui changent à chaque instant. Tout passe par le corps, en direct, et cela devant des gens qui attendent de se comprendre. C’est un métier de présence avant tout, où il n’y a pas de retour en arrière possible.

Le traducteur de webtoon, lui, n’a aucune voix physique pour s’appuyer. Le ton d’un personnage doit tenir dans le choix des mots, puis dans la ponctuation et la longueur d’une réplique. Une phrase un peu sèche peut devenir glaciale ou complice selon la virgule qu’on y pose — tout pour que le lecteur entende vraiment le personnage parler dans sa tête. Mais au-delà de la voix ou de la bulle, les deux métiers se heurtent à la même réalité : le coréen n’est pas une langue comme les autres.

Pourquoi traduire et interpréter le coréen, c’est d’abord comprendre ses relations

Le coréen adore préciser qui parle à qui. On y trouve le vouvoiement très codifié du 존댓말, mais aussi des appellations comme oppa (terme affectueux qu’une femme utilise pour s’adresser à un homme plus âgé) ou hyung (son équivalent masculin), qui en disent long sur le lien entre deux personnes avant même le début de la phrase. Un seul mot, et déjà toute une dynamique à transmettre.

En interprétation, la nuance se rend dans l’instant. Un mot légèrement plus formel, une intonation qui monte — et la relation entre deux personnes est rendue sans qu’on ait eu besoin de l’expliquer. En webtoon, le choix devient durable, parce qu’un personnage qui tutoie son rival au chapitre trois ne peut pas le vouvoyer au chapitre dix sans semer la confusion. Garder hyung ou le remplacer par un prénom, c’est une décision qui suivra la série sur des centaines d’épisodes.

Le rythme d’une voix contre le rythme d’un scroll

Une conversation a son propre tempo. L’interprète doit suivre le mouvement sans casser l’échange, presque comme s’il entrait dans la cadence de l’autre. Une hésitation au mauvais moment ou un débit trop rapide peuvent fragiliser le sens d’une prise de parole entière.

Le webtoon, lui, avance au rythme du scroll : une case apparaît, puis une émotion se précise, jusqu’à la chute qui doit tomber au bon moment. Une phrase trop longue peut étouffer une bulle, et un simple « Tss… » mal placé peut rendre ridicule un personnage censé rester mystérieux. C’est tout l’enjeu de la localisation, notamment chez des équipes comme MAKMA, qui travaillent justement cette fluidité invisible entre les deux langues.

Doigts faisant défiler une planche de webtoon sur une tablette, avec l’onomatopée “swipe”.
The Sacred Life of a Webcomic Artist.

Traduire et interpréter le coréen : deux métiers, une seule mission

Que ce soit pour traduire ou interpréter le coréen, ces deux métiers ne se ressemblent pas, mais ils partagent la même ambition : que personne ne sente la couture. L’interprète pour que l’échange soit fluide, le traducteur de webtoon pour qu’une histoire coréenne semble avoir toujours été pensée en français. Et ça, même avec un bon dictionnaire, ça demande un peu de souplesse.

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