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Le boyslove, un genre entre fantasmes et controverses

Par le 7 mai 2026

Le boyslove est aujourd’hui un genre incontournable dans l’univers du manga et du webtoon. Très populaire sur les plateformes numériques, il suscite pourtant de nombreux malentendus. Souvent réduit à une simple romance homosexuelle masculine, le boyslove est en réalité un genre complexe, ancré dans une histoire culturelle riche et porté par un public bien spécifique.

Aux origines du genre : genèse du boyslove et public cible

Le boyslove (souvent abrégé en BL) est né au Japon dans les années 1970. Dérivé des mangas shōjo destinés aux jeunes filles, il met en scène des relations romantiques ou homoérotiques entre hommes, et tire ses racines des doujinshi (fictions auto-éditées). Parmi les pionnières du genre, on trouve des figures comme Keiko Takemiya, dont l’œuvre Kaze to Ki no Uta (Le Poème du vent et des arbres, 1976) est considérée comme fondatrice.

Dans les décennies suivantes, le boyslove s’est grandement popularisé. Des magazines comme JUNE (1978) ont vu le jour, permettant aux œuvres BL de se diffuser à plus grande échelle. Mais ce qui a vraiment propulsé le BL dans la sphère internationale, c’est l’arrivée d’internet et des plateformes de lecture numérique.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le boyslove n’est pas destiné à un public gay masculin. D’après une étude de 2020 menée par Anna Madill et Yao Zhao, plus de 70% du public consommateur de BL serait féminin, avec une moyenne d’âge de 23 ans. Si pendant longtemps les consommatrices de BL étaient considérées comme hétérosexuelles, cette même étude suggère une évolution avec seulement 39,2% des répondantes s’identifiant comme telles.

Pourquoi le boyslove séduit autant ?

D’après une étude de Pagliassoti sur les motivations des consommateurs de boyslove (2018), de nombreuses raisons peuvent pousser à lire ce genre. Parmi les plus présentes, on relève l’attrait d’une histoire où l’amour passe avant le genre des personnages, le BL permettant d’explorer des dynamiques relationnelles éloignées des stéréotypes de la romance hétérosexuelle.

De plus, le boyslove offre un espace de réflexion sur soi-même. Il permet d’échapper aux stéréotypes de la société tout en offrant une forme d’introspection, et peut également servir de refuge pour ceux qui souhaitent s’évader de la réalité.

L’aspect esthétique joue aussi un rôle clé dans l’attrait du boyslove. Les dessins et les représentations visuelles des personnages sont soigneusement travaillés, ce qui ajoute une dimension artistique séduisant de nombreux fans.

Enfin, il y a l’aspect du plaisir pur et simple. Certains lecteurs consomment du boyslove principalement pour le divertissement, cherchant à se détendre et à s’amuser sans forcément chercher un sens profond à chaque histoire. L’aspect érotique est lui aussi très présent dans les motivations des lecteurs.

Les codes narratifs du BL : entre archétypes et esthétique

Le succès du BL repose également sur ses codes narratifs et esthétiques bien définis, qui en font un genre reconnaissable entre tous. Au cœur de ces œuvres se trouvent deux archétypes de personnages : l’uke (« soumis ») et le seme (« dominant »). L’uke est souvent décrit comme le personnage passif, timide et émotionnellement fragile, tandis que le seme est le partenaire dominant, protecteur et plus affirmé. Souvent, ce contraste se reflète même dans l’apparence physique des personnages, avec un uke à la silhouette et au visage plus féminins. La majorité du public préfère d’ailleurs le uke au seme, ce qui d’après Björn-Ole Kamm dans son étude de 2013, pourrait s’expliquer par ses similarités avec le genre féminin, permettant aux lectrices – majoritaires – de mieux s’y identifier.

Graphiquement, le BL adopte un style souvent androgynes des personnages. Leurs visages fins, leurs cheveux soyeux et leurs regards expressifs reflètent un idéal esthétique éloigné des corps hyper-masculinisés : on parle de bishōnen (littéralement « beau garçon » en japonais). Ce choix artistique résonne particulièrement avec le public féminin, qui trouve dans ces personnages une alternative aux standards patriarcaux.

Le webtoon Pas à Pas, un boyslove sur ONO
Le webtoon Pas à Pas, un boyslove sur ONO

Si l’on se penche sur les rôles féminins, on s’aperçoit qu’ils sont peu mis en avant voire peu présents dans le boyslove, et lorsqu’ils le sont, ils sont souvent diabolisés et représentés comme des obstacles au récit. Cette marginalisation permet aux lectrices de se concentrer sur les relations entre les protagonistes masculins sans interférence féminine, favorisant ainsi une immersion totale dans la dynamique homoérotique. Selon Yukari Fujimoto, dans les fanfictions basées sur des œuvres incluant des personnages féminins, le rôle de ces derniers est souvent minimisé, ou les personnages féminins sont carrément éliminés.

Cette absence de personnages féminins peut également être interprétée comme une volonté d’éviter les stéréotypes de genre traditionnels, offrant un espace narratif où les relations peuvent être explorées sans les contraintes des rôles de genre habituels. Cependant, cette exclusion a suscité des critiques, certains y voyant une forme de misogynie ou une incapacité à intégrer des personnages féminins de manière significative.

Critiques et controverses du boyslove: un genre qui divise

Cependant, ces codes narratifs ne sont pas sans poser problème. Le boyslove est souvent critiqué pour ses représentations stéréotypées des relations homosexuelles masculines. Ainsi, beaucoup d’hommes homosexuels y préfèrent le manga gay (ou « bara »), conçu par et pour le public gay masculin – contrairement au boyslove qui vise un lectorat féminin –, et considéré comme étant plus réaliste.

De plus, les lecteurs pointent régulièrement du doigt la romantisation de relations toxiques ou déséquilibrées. En effet, parmi les thèmes du genre, on retrouve notamment l’abus physique et psychologique, avec une récurrence du viol du uke par le seme. Le parfait exemple pour illustrer cette idée est Jinx, un webtoon aussi populaire que controversé où les scènes brutales sont nombreuses. Mizoguchi (2008) souligne que ces scènes sont fréquemment mises en scène sous un angle esthétique particulier, qui en atténue la violence perçue et leur confère un rôle narratif central.

Extrait du webtoon Jinx

Selon Moto Hagio, mangaka japonaise, ces représentations pourraient même offrir une forme de catharsis à certaines lectrices en leur permettant de recontextualiser un traumatisme personnel dans un cadre fictif où le contrôle narratif leur appartient. Ainsi, bien que cette récurrence puisse poser problème d’un point de vue moral, elle constitue aussi un mécanisme narratif permettant la création de relations passionnées et intenses entre les protagonistes (Sharalyn Orbaugh, 2010).

Par ailleurs, si l’uke est victime d’un viol perpétré par un tiers, le seme adopte souvent un rôle de protecteur et de soutien psychologique, illustrant l’idée que les relations homosexuelles dans le BL sont marquées par un soutien inconditionnel et une profondeur affective.

En bref, le genre du boyslove reflète autant les attentes et les aspirations de son public que les questionnements sociaux et culturels de notre époque. Si certains de ses codes restent figés, d’autres évoluent pour répondre aux critiques et aux débats contemporains. Ainsi, le BL devient le miroir des transformations sociétales et des discussions sur le genre, l’identité et la représentation.

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